Enfin me voici arrivé à Chandmani, ma destination finale en quelque sorte puisqu'en venant en Mongolie, mon objectif premier était de me rendre ici-même. YES, je suis aux anges !!!
Bon les deux premiers jours ne sont pas très concluants après avoir quitté une famille brutalement car le père pensait plus à son porte-monnaie qu'à notre rencontre.
Explication : il m'a donné un cours de chant (oui tout le monde chante ici, normal) et ne voulait pas autre chose. Il a dû penser : "Tiens ce petit con-là je vais m'en faire une joie de le raquer jusqu'au moindre sous !" Par contre c'est dans cette famille et seulement dans celle-ci que je goûterais le délicieux "tarag" ( yaourt au lait de chèvre). Il y aura eu au moins un point positif ! Au même moment, je rencontre un jeune qui parle un peu anglais, Baagii. Je lui explique mon projet, il me dit que je suis bien tombé et m'invite chez lui. Le lendemain je me sépare donc de l'autre famille, le père est furieux. Moi je ne le montre pas, mais au fond c'est pareil, ce type m'a écoeuré.
Nouvelle maison, j'espère que ça se passera mieux ici, me dis-je. Je ne savais pas à quoi m'attendre mais j'avais la nette impression que j'avais fait le bon choix en venant ici. Après quelques instants chez Baagii, plus de doute, c'est vraiment bien ici. Acceuil, sourire, excitation, présence, des mots qui n'avaient pas leur place chez l'autre imbécile.
Baagii a participé aux championnats du monde de Khoomi à UB et j'avoue que son chant est très propre, clair et limpide. J'apprendrai beaucoup avec lui, notamment comment maîtriser les harmoniques. Un jour on se rend à une source minérale sacrée selon les gens, appelée "Khoomei Uus" (l'eau du Khoomi). Je progresse, il est content, je suis content, nous sommes heureux. La magie de l'eau a bien opéré sur moi.
Au total je resterai près de 2 semaines avec Baagii et sa famille. Au début je ne vois que lui, son cousin et son père au village. Sa mère et sa soeur vivent un peu plus loin près d'un lac dans un "ger camp". Le mot "ger" désigne une yourte. Elles attendent les touristes mais cet endroit de la Mongolie n'est pas très convoité contrairement à la région de Karakorum ou du lac Khövsgöl.
J'allais passer avec eux les meilleurs instants de tout mon voyage. Au programme : chant, rencontre de nomades des montagnes, trek, pêche (une première pour moi), chasse, baignade, réserve ornithologique. En d'autres termes, AVENTURES et ECHANGES allaient être les maîtres-mots.
{Petite parenthèse, certains m'ont déjà peut-être entendu parler de l'équilibre des choses, qu'un événement heureux ne peut être qu'accompagné d'un autre plus sombre afin de rétablir l'équilibre de la balance. Eh bien ça s'est encore produit ici, avec ce triste épisode du mongol imbibé de vodka qui me cherchait des ennuis dès qu'il me voyait. Cela aura été le point le plus négatif, je préfère ne pas l'évoquer tellement c'était une situation inconfortable].

J'aimerais juste parler un peu du trek en montagne, car ça a été pour moi l'expérience la plus forte.
Après quelques jours passés au village, j'invite Baagii et Monhoo (son cousin) à m'accompagner dans les montagnes pour rencontrer des nomades, randonner, chanter, prendre un bol d'air pur ! Au début ils ne cernent pas bien mes intentions et après ils sont tout contents de pouvoir partir avec un étranger équipé et expérimenté (pensaient-ils). Ils l'ont jamais fait en plus. Il ne leur était jamais venu à l'esprit d'aller se ballader dans les montagnes derrière le village. L'excitation est à son comble !!! Je dois quand même veiller à ce que tout se passe bien, je suis responsable d'eux me dis-je car ils sont très jeunes (14 et 17). Je m'autoproclame guide de haute montagne et c'est parti ! Direction "Khayrkhan Uul" à 3797 mètres d'altitude.

Depuis le temps que j'attendais ce moment, la rencontre de nomades vivant de leur(s) troupeau(x). Mon esprit se concentre déjà sur les codes à respecter avec cette population, comme par exemple ne pas frapper avant d'entrer. Hum difficile pour nous autres occidentaux d'entrer comme ça chez les gens. D'ailleurs pourquoi entrer après tout ? On est bien aussi dehors au soleil. Non la tradition veut que l'on entre pour boire le thé de bienvenu, d'accord, alors entrons !
Ca me rappelle un jour à l'hôtel à Hovd quand Bruceren débarque brusquement dans ma chambre sans frapper. Il m'a fait trop peur et j'ai pensé après que j'aurais pu être à poil, je ne sais pas comment il aurait réagi et moi non plus d'ailleurs. Je ne pense pas que ce soit dans les habitudes mongoles d'être tout nu chez soi.

Première fois que j'entre donc sous une yourte perdue en montagne. Les voisins rappliquent par curiosité. Je fais donc connaissance ou plutôt nous faisons connaissance avec cette famille composée de 2 parents et de 2 enfants. Nous sommes reçus comme des rois ou des princes ou je ne sais quoi. Ca me choque un peu car j'ai l'impression qu'ils vont user leur réserve de nourriture et de thé pour nous satisfaire.
- "Non non, c'est comme ça, c'est normal, tu manges !"
-"Euh t'es sûr là quand même ?"
-"Oui oui, manges !"
-"Bon d'accord".
L'accueil est sans pareil, je me sens un peu gêné. Au contraire Baagii et Monhoo s'en donnent à coeur joie et en redemandent. Baagii m'explique que c'est ainsi en Mongolie sous la yourte. Il n'y a pas de propriété privé, donc n'importe qui peut débarquer chez n'importe qui. La yourte est à tout le monde en fait. Quelqu'un qui entre sous une yourte se doit de recevoir le thé et à manger. C'est une marque de respect vis-à-vis des hôtes, au cas où un jour les rôles s'inverssent. (Si un jour t'as la flemme de cuisiner, tu peux toujours aller manger chez un voisin, pratique ! ) Par la suite nous laisserons à cette famille des aliments (plus besoin de tout car on mange avec eux). Plus tard je leur offrirai par l'intermédiaire de Baagii quelques provisions comme du riz, du thon, du sucre... pour les remercier et en gage de respect pour ces nomades au coeur d'or ! Jamais vu ça de ma vie auparavant, quelle leçon ! Leur vie est très simple : elle est rythmée par la recherche permanente de satisfaire les besoins fondamentaux : boire, manger, se loger. Ils ne font pas grand chose d'autre...
Boire
- Ils disposent d'une source minérale à quelques pas du campement. En Mongolie, quand on aperçoit une yourte, c'est qu'il y a un point d'eau dans les parages.
- Ils se nourissent aussi en grande partie du lait de leurs bêtes (chèvres et brebis). Le lait sert aussi à faire du fromage, du yaourt et du beurre.
Manger
- Ils ne mangent que du mouton et de la chèvre. Ils disposent d'un troupeau à cet effet. J'aurais dû leur demander tous les combiens ils doivent tuer une bête pour manger.
- Leur préparation est souvent à base de farine, d'huile et d'eau.
Se loger
- Ils vivent sous la yourte chauffée par la combustion des déjections animales.
- Ils utilisent la laine des moutons et le poil des chèvres (cachemire) pour renforcer la yourte ou pour se fabriquer des vêtements ou couvertures.
Ainsi, ils peuvent vivre perchés là-haut pendant une longue période. Ils ont tout à disposition et sont totalement autonomes. En plus il y a les voisins avec lesquels ils peuvent s'échanger des vivres.

Après ces quelques jours en montagne, retour au village de Chandmani. Baagii me propose de l'accompagner au campement de sa maman près du lac de "l'eau noire". J'accepte avec plaisir d'autant plus que j'ai encore du temps devant moi.
C'est un endroit paisible, au coeur d'un parc national. De nombreux pélicans et autres oiseaux migrateurs viennent séjourner autour de ces lacs. J'ai essayé de prendre quelques clichés de près. Résultat : il va me falloir de l'entraînement et surement un autre appareil photo (quoique celle-ci ne soit pas trop mal).

Ah oui c'est aussi ici que s'offre à moi un moment assez difficile : l'abatement d'une chèvre, de la découpe aux produits finis dans l'assiette. Le moment le plus dur sera pour moi la mise à mort. Après ça a été en fait. Je suis spectateur de toutes les étapes. Nyamdavaa, le père, s'occupe d'enlever soigneusement la peau, sans l'abîmer, pour ensuite la vendre ou la troquer.
Les femmes s'occupent de récolter tous les organes internes, les lavent et les cuisent sur le poêle central de la yourte cuisine. Tous les ventres humains profitent le soir et les jours suivants de cet événement. Le campement est composé de trois yourtes : une pour les touristes ou amis, une pour eux et amis et une pour la cuisine, plus petite.

Photo d'une journée consacrée au ramassage de bouzes sèches afin de passer l'hiver au village. On ramasse une douzaine de sacs chacun. Le voisin fait des allers et retours sur sa moto pour nous ramener au camp. J'ai vraiment voulu faire une photo de ce moment. Les deux enfants sont contraints très jeunes de mettre la main à la patte. Déjà à leur âge ils portent de lourdes charges sur le dos. Voyant cela, je ne vais pas les voir et leur dire que ce n'est pas bon pour leur dos. Cependant, je porte mes sacs d'une autre manière de façon à économiser au max. mon dos. Les enfants me voient et essayent à leur tour, c'est un bon début. Effectivement les enfants reproduisent les mêmes gestes que leurs parents sans se demander si c'est bon pour leur corps ou pas, ce qui est tout à fait naturel. Mais bon, j'ai estimé que j'avais un rôle à jouer dans cette situation.